Un marché noir, Bérénice Pichat : Mon avis
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Après l’immense succès de son roman La Petite Bonne, paru aux Éditions Les Avrils en septembre 2024 (et disponible au Livre de poche depuis janvier dernier), Bérénice Pichat signe son retour en cette rentrée littéraire avec Un marché noir.
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La France occupée
Paris, avril 1943. Le pays est occupé par les Allemands. La capitale tourne au rythme du régime nazi. Servane, dix-sept ans, vit seule avec son beau-père. La jeune fille travaille à mi-temps comme vendeuse dans une boulangerie, où elle réussit parfois à récupérer du pain rassi. Il faut dire que, depuis trois ans, la faim est partout. D’ailleurs, Servane a tellement perdu de poids qu’elle en a arrêté de saigner. L’estomac grouillant en permanence, elle n’hésite pas longtemps lorsqu’on lui propose de contribuer secrètement à une mission secrète, en échange de quelques vivres.
Paul a d’autres raisons de s’engager. Cet ancien militaire désabusé est gagné par un désir de revanche et une soif de contrôle. Pour ce trafiquant, tout s’achète. Face à Servane, il ment, au risque de s’attacher et de bientôt regretter…
Un angle inédit
Si la Seconde Guerre mondiale a déjà été racontée de bien des façons, – au cinéma comme en littérature – Bérénice Pichat choisit de traiter son propos par le biais du marché noir. À travers le récit de Servane et Paul, l’autrice explique les tickets de rationnement, la faim, les vols, la misère ou encore les réseaux de résistance. Un éclairage atypique et intéressant, documenté et parfaitement maîtrisé.
En plus du contexte historique, l’écrivaine distille mystères et tension. Rédigée en miroir, l’histoire se place d’abord du point de vue de Servane, avant de la redécouvrir avec Paul. Le témoignage de Mme Émilie, la concierge de l’immeuble de Servane, partagé en filigrane, apporte un souffle à l’intrigue.
Ici, les célèbres vers libres* ont été oubliés, au profit d’une narration plus dense et romanesque. L’héroïne du Marché noir est aussi attachante que sa prédécesseuse, mais peut-être moins marquante. Il n’est reste que le sujet est pertinent et extrêmement bien traité. Et que l’autrice nous offre un renversement final, que je n’ai vu venir.

En bref, une lecture agréable et instructive, portée par une écrivaine passionnée par son sujet.
Mots-clés : guerre, faim, marché noir, rationnement, occupation, résistance, Paris
Une citation : « C’est insidieux, la faim. Au début, ça paraît négligeable. Une fringale qui dure, un creux sans fond. Faute d’être jamais satisfait, ce désir latent s’organise et progresse. On prend sur soi, on se serre la ceinture, comme si de rien n’était. Mais ça ne fait que croître : la voix du manque vire, trouble, tourne à la hantise. Face à l’estomac vide depuis trop longtemps, plus rien ne paraît important, plus rien ne tient. À part le prochain repas. »
Quelques mots sur l’autrice : Bérénice Pichat est née en 1978 au Havre, où elle est aujourd’hui professeur des écoles. Elle partage sa vie entre l’écriture et l’enseignement. Après sa trilogie Les promesses des fleurs, la publication de La Petite Bonne aux Éditions Les Avrils en 2024 la révèle au grand public. Le roman remporte le Prix des Libraires l’année suivante.
À lire aussi : je vous parlais de ma lecture de La Petite Bonne par ici.
*La Petite Bonne alterne prose classique et vers libres.
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Avez-vous déjà lu Bérénice Pichat ?
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