Filles de la mer – Mary Lynn Bracht
Note : 10/10
Quatrième de couverture :
Il est parfois plus difficile de respirer en dehors de l’eau que dans les profondeurs des vastes océans…
Sur l’île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite sœur Emi appartiennent à la communauté haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée.
Un jour, alors qu’Hana est en mer, elle aperçoit un soldat japonais sur la plage qui se dirige vers Emi. Aux deux filles on a maintes fois répété de ne jamais se retrouver seules avec un soldat. Craignant pour sa sœur, Hana rejoint le rivage aussi vite qu’elle le peut et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d’autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie.
Ainsi commence l’histoire de deux sœurs violemment séparées. Alternant entre le récit d’Hana en 1943 et celui d’Emi en 2011, Filles de la mer se lit au rythme des vagues et dévoile un pan sombre et bouleversant de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Asie. Au fil du récit, par la grâce de leurs liens indéfectibles, les deux héroïnes nous ramènent vers la lumière, ou l’espoir triomphe des horreurs de la guerre.
Mon avis :
J’ai reçu Filles de la mer de Mary Lynn Bracht par les éditions Pocket lors d’une rencontre avec l’auteure il y a quelques semaines. Son discours m’avait convaincu de le lire rapidement. Je n’ai pas été déçue.
Dans ce premier roman, l’écrivaine traite du sujet des femmes de réconfort, ces jeunes filles enlevées par l’armée japonaise durant la seconde Guerre Mondiale pour en faire des esclaves sexuelles auprès de leurs soldats. Méconnu du grand public, ce fait historique n’a toujours pas été reconnu par le Japon à l’heure actuelle.
« Voilà maintenant deux mois qu’elle est retenue prisonnière, mais le temps dans cet endroit défile à une lenteur atroce. Elle essaie de ne pas repenser à ce qu’elle a enduré, à ce qu’ils la forcent à faire, à ce qu’ils l’obligent à être. Chez elle, Hana était une autre personne. Sa vie n’avait rien à voir. »
Mary Lynn Bracht, américaine d’origine coréenne, romance l’histoire des filles de la mer, pêcheuses et libres, sur l’île de Jeju dans les années 40. Parmi elles, Hana, 16 ans, se fait enlever par un soldat japonais, tout en cachant sa petite sœur, Emi pour la protéger des mains de l’ennemi. Hana va alors vivre un cauchemar de plusieurs mois, entre viols à répétition et maltraitances physiques.
L’auteure alterne son récit entre un chapitre en 1943, consacré à l’histoire d’Hana, et un chapitre en 2011, lorsque Emi part à la recherche de sa grande sœur, jamais retrouvée. Ce choix narratif donne du rythme et de l’intrigue au roman, mais aussi un souffle d’air nécessaire lorsque vient la partie dédiée à Emi, après la lecture des atrocités vécues par Hana.
Ici, pas de faux-semblant, Mary Lynn Bracht ne trompe pas son lecteur. Les faits ont existé, alors elle met les mots qu’il faut pour nous décrire la violence qu’ont vécue toutes ces jeunes filles. Certains passages sont d’une dureté rare en littérature, nous rappelant par moment les écrits de Véronique Olmi dans Bakhita.
Filles de la mer m’a percutée. J’ignorais malheureusement ce triste pan de l’histoire japonaise. L’écrivaine fait un travail essentiel en retranscrivant ce que les livres d’histoire ont oublié en chemin. J’ai été marquée par cette lecture, émue, bouleversée, choquée, et révoltée surtout. Un roman à lire obligatoirement.